Le soufre peut s'oxyder facilement et sentir mauvais. Mais cette propriété va lui permettre de jouer plusieurs rôles très importants au cour
de nos cellules, de nos tissus, de nos organes.
DÉCOUVERTE
Le soufre était déjà connu dans l'Antiquité puisque Homère en parle dans l'Odyssée. Mais ce sont les grands chimistes et physiciens
français Antoine de Lavoisier (1743-1794) et Louis Gay Lussac (1778-1850) qui lui donnent son statut d'élément.
CARACTÉRISTIQUES
Le soufre n'existe pas sous forme pure dans (organisme, mais sous forme de sulfates, ou, surtout, intégré (comme le phosphore) à
(intérieur de plus larges molécules, en particulier des acides aminés. Les principaux acides aminés soufrés sont la méthionine,
la cystéine et la cystine. De la cystéine est dérivée la taurine, fixatrice du magnésium, comme nous l'avons vu.
Ces acides aminés existent libres ou intégrés dans les protéines. L'endroit crucial, ou “site actif” de ces protéines,
est très souvent le groupe thiol (ou terminaison soufrée) d'un acide aminé.
Les acides aminés soufrés sont très abondants au niveau de la peau, des cheveux et des ongles (ils sont le composant principal
de la kératine), dans le mucus, à la surface et à l'intérieur des cellules, où ils sont essentiels à la synthèse du glutathion,
le principal détoxificateur intracellulaire.
On trouve aussi du soufre dans de nombreuses autres molécules ; les mucopolysaccharides du tissu conjonctif, l'insuline, la vitamine Bl, etc.
RÔLES
Il a d'abord un rôle de structure comme composé des protéines et du tissu conjonctif, où il est souvent le site de pontages entre
les molécules dont il permet la liaison et la cohésion ; ce qui représente une qualité importante du tissu conjonctif
chargé d'envelopper tous les tissus et organes, de former les cartilages et les tendons. Dans la trame osseuse, il permet
de constituer, avec les brins de collagène, une grille sur laquelle le vitamine K, le phosphore et le magnésium pourront être déposés.
Le soufre participe aussi à la conformation des protéines. Celles ci sont formées de suites d'acides aminés qui se
recroquevillent sur eux mêmes. Les groupes thiols sont le lieu de rattachement d'acides aminés entre eux à l'intérieur d'une même protéine.
Mais, au lieu de réaliser un pont entre deux groupes thiols, c'est souvent un atome de zinc, qui se lie à la terminaison soufrée
et la maintient face à un autre acide aminé zincophile, par exemple l'histidine.
C'est ainsi que de nombreuses molécules très importantes, comme l'insuline ou la protéine P53, une molécule anticancer, maintiennent
la forme nécessaire pour qu'elles fonctionnent. Le problème est que d'autres minéraux comme le cuivre ou le
cadmium peuvent venir prendre la place du zinc, déformer la molécule et altérer son activité.
D'où, par exemple, l'une des raisons de l'accroissement des risques de cancers par les excès de cuivre.
Mais les molécules soufrées peuvent aussi être directement attaquées. Elles constituent une cible privilégiée des radicaux
libres, qui les oxydent. Le passage d'un groupe thiol d'une forme réduite à une forme oxydée joue un rôle essentiel dans l'activité de très nombreuses
enzymes - les outils biochimiques qui nous permettent de fonctionner, de très nombreux transporteurs, qui président au passage de
nutriments à travers les membranes cellulaires, que ce soit vers l'intérieur ou l'extérieur.
Les radicaux libres ne sont pas toujours “mauvais”. Ils participent à la physiologie de l'organisme. Ils ne deviennent dangereux que lorsqu'ils
sont en excès ou lorsque nous manquons de l'arsenal nécessaire pour neutraliser ceux qui sont en trop ou pour réduire les molécules oxydées.
Cet arsenal anti radicaux libres est constitué d'enzymes qui utilisent elles mêmes des molécules soufrées comme le glutathion, et de
nutriments, comme le sélénium, le zinc, qui protège directement les groupes thiols, la vitamine C, la vitamine E et le bêta carotène,
que l'on appelle les "vitamines anti oxydantes".
Il est crucial, pour l'ensemble des fonctions de l'organisme et pour sa maintenance en bonne santé, de disposer d'une réserve de ces
anti-oxydants capable de faire face à des intensifications fréquentes des émissions des radicaux corrosifs, que ce soit sous
l'effet du soleil, de polluants, de produits toxiques, d'une infection ou tout simplement d'un excès calorique, d'un effort physique ou d'un stress.
Si l'on n'a pas la marge nécessaire, les cellules sont endommagées, vieillissent et ceci peut mener à la constitution de cancers,
pathologies cardio-vasculaires, cataractes, à la dégénérescence des fonctions cérébrales.
Les molécules soufrées et leurs complices, le zinc, le sélénium, indirectement le magnésium et les vitamines anti oxydantes, se trouvent
au coeur de la santé, de la forme et de la prévention des déclins fonctionnels et des maladies associées au vieillissement. Et cela
d'autant plus qu'elles sont au premier rang de la lutte contre les polluants et toxiques.
En effet, la taurine s'attache à ces substances indésirables et les dirige vers la sortie, en l'occurrence la vésicule biliaire,
à partir de laquelle elles sont éliminées dans les selles. Et le glutathion, qui contient la cystéine soufrée, est l'arme détoxifiante principale des cellules.
Enfin, les sulfates eux mêmes permettent de neutraliser des toxiques qui contribuent aux phénomènes du vieillissement et à l'apparition de maladies.
BESOINS
Les besoins en acides aminés soufrés sont estimés chaque jour à 13 mg par kg de poids pour la femme et à 14 mg par kg de poids pour l'homme.
SOURCES
Ce sont d'abord les sulfates trouvés de nouveau dans certaines eaux minérales comme Hépar et Contrex. Les aliments les plus
riches en soufre sont les fruits de mer, les crucifères, l'asperge, le radis noir, l'ail, l'oignon, les oléagineux,
les viandes, les poissons, les neufs (surtout le jaune). L'odeur que dégage un jaune d'oeuf, les ongles ou les cheveux brûlés, est due à leur richesse en soufre.
SIGNES DE CARENCE ET DE DÉFICIENCE
Certains régimes sont trop pauvres en méthionine, par exemple les régimes végétariens. Par ailleurs, nous l'avons vu,
dès qu'on est exposé à un stress, une infection, une pollution ou au soleil, nous détruisons des molécules soufrées.
SIGNES CLINIQUES
Le premier signe est un ralentissement de la pousse des cheveux et des ongles. Les autres effets restent malheureusement
longtemps inapparents baisse des défenses anti-oxydantes, de la communication entre les cellules, des transports membranaires...
Car ils ne se manifestent que lorsque de très nombreuses cellules sont touchées : augmentation de la vulnérabilité aux
infections et de la fréquence d'un certain nombre de pathologies dégénératives, comme la stéatose hépatique (accumulation de graisses dans le foie).
SIGNES BIOLOGIQUES
Le premier signe biologique trouvé chez les séropositifs est une baisse de glutathion dans les lymphocytes, les globules blancs
chargés de nous défendre contre les infections. L'équipe du Pr. Montagnier (le découvreur du virus HIV, qui travaille à l'Institut Pasteur),
a montré que cette baisse entraîne une mort accélérée de ces cellules dont le rôle est central dans l'immunité.
Chez l'animal, le manque d'acides aminés soufrés augmente la fréquence des cancers. En culture cellulaire, le manque d'acides
aminés soufrés accélère le vieillissement.
PRESCRIPTION
La cystéine est mondialement employée pour stimuler la synthèse de mucus et favoriser l'expectoration. Elle est aussi donnée avec
du zinc et de la vitamine B6 pour stimuler la pousse des cheveux et des ongles. Elle est prescrite de plus en plus fréquemment aux séropositifs.
La cystéine, le glutathion et la taurine sont utilisés, en association avec des anti-oxydants, pour renforcer les capacités
de détoxification et pour aider à se défendre contre la pollution, les effets négatifs de certains médicaments et traitements
à base d'irradiation, chez les fumeurs et ex-fumeurs, etc.
La taurine sert d'épargneur de magnésium.
Elle est prescrite aussi dans l'insuffisance cardiaque.
|