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Vitamine C ou Acide Ascorbique |
ENCYCLOPEDIE |
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Lorsque les soldats de Saint Louis mouraient en croisade, c'était souvent d'une étrange maladie dont le sire de Joinville donne des descriptions terrifiantes,
précisant que les chairs pourries des Croisés se détachaient en lambeaux.
Le mal était connu depuis la plus haute Antiquité, puisque le papyrus Ebers, le plus ancien document médical,
en décrit déjà les symptômes.
On le mentionne aussi dans l'Ancien Testament, dans les écrits d'Hippocrate et de Pline l'Ancien.
Découverte
Cette maladie dramatique, caractérisée par des hémorragies sous la peau, dans les tissus osseux et les articulations, par une inflammation
des gencives qui aboutit à la chute progressive des dents, par de violentes douleurs articulaires, de l'anémie, une grande fatigue et, chez
les enfants, par des troubles de l'ossification, c'est le scorbut, dont on a su plus tard qu'il était dû à la carence en vitamine C.
En l'absence de traitement, la mort survient à la suite d'hémorragies internes et de surinfections, du fait de la moindre résistance
de l'organisme à l'infection.
Aux XVe et XVIe siècles, les grands navigateurs qui parcouraient les mers et exploraient les continents lui payèrent un lourd tribut.
Le chroniqueur Lescarbot raconte ainsi : pendant un voyage de Jacques Cartier vers le Canada, "sur 110 hommes que nous étions,
il n'y en avait pas 10 de sains..."
Lors d'un second voyage, à Terre Neuve, en 1535, Jacques Cartier sauva une partie de son équipage de la redoutable maladie
en lui faisant absorber une décoction recommandée
par les indiens.
Plus tard, l'arbre de vie dont les feuilles avaient servi à préparer la décoction sera identifié ; c'était le cèdre blanc, dont 100 g de feuillage contiennent
45 mg d'acide ascorbique (vitamine C).
En 1593, le capitaine anglais James Lancaster eut l'intuition géniale de faire boire à ses marins quelques gouttes de jus de citron : les hommes
échappèrent au scorbut.
Mais il s'agissait là d'expériences isolées qui restèrent circonscrites et méconnues. Les médias n'existaient pas encore !
Et le Dr James Lind, médecin de la marine anglaise à l'hôpital de Portsmouth, pourra dire au XVIIIe siècle que le fléau a
tué plus de marins
anglais que toutes les batailles avec les Français et les Espagnols ...
Preuve en est qu'en 1740 et 1741, lors de la grande expédition de l'amiral Anson autour du monde, son vaisseau
amiral Centurion perdit 292 hommes,
et le Gloucester en perdit 300. Sur 3 vaisseaux, il resta à peine 70 hommes valides.
Depuis très longtemps, on soupçonnait que le mal terrible provenait de la nourriture ; mais si quelques isolés
intuitifs accusaient bien le manque de
fruits et de légumes, c'était généralement la mauvaise qualité des aliments, le froid humide et même la tristesse
et l'ennui que l'on incriminait.
En fin de compte, c'est le Dr James Lind qui découvrit le rôle curatif des citrons et des oranges et en préconisa l'emploi dans son Traité sur le
scorbut publié en 1753. Il avait procédé à des essais comparatifs sur plusieurs groupes de marins, les uns consommant des agrumes,
les autres de l'eau de mer, du vinaigre ou de l'élixir de vitriol ! Les premiers furent sauvés ; l'histoire,
pudique, ne dit pas ce qu'il advint des seconds.
L'adjonction de jus de citron à la ration des marins devint obligatoire par décret, ce qui leur valut le surnom de “limeys”.
Peu à peu, les victimes du scorbut se firent moins nombreuses, sur mer comme sur terre, où (amélioration du
transport des produits frais contribua à
la raréfaction du mal dans les villes. On vit cependant des cas pendant la guerre de Crimée et pendant le siège de Paris, en 1870.
L'empirisme avait permis de trouver le remède. Mais, si l'on savait comment éviter le scorbut, on ignorait pourquoi le remède agissait.
On ne connaissait toujours pas la vitamine C, et il faudra attendre 1907 pour la découvrir.
Les premières expérimentations furent faites par Hobst et Frôlich, qui nourrissaient des animaux en les privant totalement de végétaux frais, pour vérifier
s'ils souffriraient de scorbut.
Leurs premières expériences ne donnèrent aucun résultat : on apprendra plus tard que les rats et les pigeons sur lesquels ils les avaient faites
ont justement la capacité de faire la synthèse de la vitamine C, les mettant ainsi à l'abri du scorbut.
Les expériences suivantes, elles, faites sur des cobayes, provoquèrent un scorbut expérimental : en effet
ces animaux, comme l'être humain, ne peuvent
synthétiser la vitamine C.
On établit ainsi que le principe antiscorbut se trouvait bien dans les végétaux frais.
Ce principe, soluble dans l'eau, fut classé ensuite par Funk parmi les vitamines, et appelé, vitamine C par Drummond en 1907.
C'est Szent Gyôrgyi qui, en 1928, isola le premier, d'abord à partir de l'écorce des glandes surrénales, puis du citron, un produit qui
fut appelé acide ascorbique en 1932, pour rappeler ses propriétés contre le scorbut.
Sa structure fut développée par Hirst et sa synthèse effectuée en 1933 par Reichstein et Haworth, autant de noms bien oubliés
et bien ignorés du grand public, peut être même de bien des scientifiques.
Aujourd'hui, le scorbut n'existe plus dans les pays développés.
Même le scorbut infantile, décrit par Barlow dès 1833, a été définitivement prévenu par l'ajout de jus
d'orange dans l'alimentation des nourrissons.
Mais le scorbut fait encore des victimes dans les pays du tiers monde, notamment pendant la saison sèche, en Somalie, par exemple.
QUAND LES MOUCHES S'EN MÊLENT
La synthèse de la vitamine C par Reichstein fut d'abord purement chimique.
Pour la produire en plus grande quantité, il fallait transformer du sorbitol en sorbose.
Afin de hâter cette transformation, Reichstein plaça un récipient contenant du sorbitol avec du vin, du sucre et du vinaigre sur la fenêtre de son laboratoire,
puis il partit en week-end.
À son retour, il trouva, au fond du récipient, des cristaux de sorbose : des drosophiles (aussi appelées mouches du vinaigre), dont le système
digestif héberge des bactéries susceptibles de transformer le sorbitol en sorbose, avaient effectué la transformation.
L'histoire ne s'arrête pas là. Reichstein, désireux d'exploiter sa découverte, proposa au Dr Barren,
directeur des Laboratoires Hoffmann La Roche, de lui acheter son brevet moyennant une somme de 50 000 Frs suisses, payable seulement lorsque la première vitamine C
sortirait des usines...
Haworth et Karrer, collaborateurs du laboratoire et grands pontes de la recherche sur les vitamines, apprécièrent peu qu'un tiers trouve avant
eux un procédé de fabrication. Et le Dr Barrell, lorsqu'il accepta la proposition, pensa qu'il n'aurait jamais à verser la somme,
d'autant qu'à l'époque les Laboratoires Hoffmann-La-Roche étaient de petite taille, et en difficulté financière.
C'est pourtant ce contrat qui ouvrit l'ère des vitamines et apporta la fortune à Hoffmann La Roche.
Aujourd'hui, plus de 35 000 tonnes de vitamine C sont produites chaque année dans le monde.
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