RÔLE
La vitamine D occupe une place très particulière parmi les vitamines.
Qu'elle soit d'origine interne par synthèse cutanée, d'origine externe par apport alimentaire, la vitamine D suit un seul trajet.
À la manière des hormones stéroïdes et du dérivé final de la Vitamine A, l'acide rétinoïque, elle agit en se liant à des récepteurs,
en pénétrant dans le noyau de la cellule et en déclenchant l'expression de certains gènes.
La vitamine D joue un rôle capital dans l'ossification, en accroissant l'absorption et la fixation du vitamine K et du phosphore,
mais son champ d'activité déborde largement le cadre du métabolisme phosphocalcique, dans lequel elle intervient à tous les niveaux.
• Dans l'intestin, elle augmente l'absorption phosphocalcique.
• Dans les os, elle augmente la quantité de vitamine K excrétée dans le sang.
• Dans les reins, elle favorise la réabsorption du phosphore.
Toutes ces actions, qui concourent au maintien d'un “pool” phosphocalcique disponible pour la minéralisation de l'os, ne représentent
qu'une partie du rôle physiologique de la vitamine D. De nombreux tissus comportent en effet des récepteurs pour cette vitamine qui participe également :
• À la concentration de vitamine K dans le lait au niveau de la glande mammaire.
• Au transport du vitamine K vers le foetus au niveau du placenta.
• À la différenciation de globules blancs essentiels à la réponse immunitaire.
• À la synthèse d'interféron, un agent de défense contre les virus.
• À la croissance des cellules de la peau.
• Au fonctionnement musculaire.
• Au contrôle de la synthèse d'insuline dans le pancréas.
Des récepteurs pour un métabolite de la vitamine D ont également été mis en évidence dans certaines parties du cerveau : leur rôle est encore à l'étude.
SOURCES ET BESOINS
Le calciférol qui circule dans le sang a une double origine.
ORIGINE INTERNE
La transformation des stérols du derme sous l'action des rayons ultraviolets du soleil est, chez l'être humain,
la source prioritaire de vitamine D,
et couvre normalement la plupart des besoins de l'organisme.
Cette part est difficile à évaluer avec exactitude, mais satisfait de 50 à 70 % des besoins, selon les conditions climatiques, géographiques et sociales.
La synthèse n'est pas uniforme et peut varier en fonction de plusieurs facteurs :
• Elle s'accroît si le régime est pauvre en vitamine K et en phosphore.
• Elle est plus importante chez les enfants, surtout pendant les phases de croissance rapide, et chez les femmes enceintes, surtout en fin de grossesse. En revanche, elle diminue avec l'âge et est 3 fois moindre à 80 ans qu'à 20 ans.
• Elle est de 50 à 100 fois supérieure chez les Blancs que chez les Noirs.
Elle peut se révéler insuffisante par manque d'exposition au soleil, s'il n'y a pas assez d'ultraviolets dans l'atmosphère, en quantité ou en qualité
(latitude trop élevée, pollution atmosphérique) ou par excès de couverture vestimentaire. Le risque de déficit peut alors exister,
et un apport prophylactique est nécessaire pour prévenir l'apparition du rachitisme.
ORIGINE EXTERNE
Il y a très peu de vitamine D dans les aliments naturels, en dehors de quelques poissons de mer gras, et surtout de leur foie (morue, thon,
maquereau, sardine, saumon, hareng, anguille...), mais l'usage de l'huile de foie de morue est passé de mode.
BESOINS
Les besoins sont évalués à 10 ug (400 U.I.) par jour. Les doses conseillées sont en général de 20 à 30 ug (800 à 1 200 U.I.) pendant
les deux premières années de la vie, puis en hiver jusqu'à 5 ans. Aux femmes enceintes en fin de grossesse et qui réunissent toutes
les conditions d'un déficit, on conseille des doses de 10 à
20 ug/jour (400 à 800 U.I.).
SIGNES DE CARENCE
SIGNES CLINIQUES
Ce sont des manifestations osseuses, qui diffèrent sensiblement suivant qu'elles affectent
des enfants dont les os sont en croissance ou des adultes
dont les os sont formés.
• Chez l'enfant, le rachitisme apparaît dans les deux premières années de la vie. L'atteinte concerne d'abord les os du crâne, vers
le 6, mois (ramollissement de l'os occipital, bosses frontales et pariétales) ; entre le 6, et le 12 mois
apparaissent des nodosités costales
et des déformations thoraciques et, après l'âge de 1 an, les déformations affectent les membres ; incurvation des os longs
des membres inférieurs, genu valgum (dévié en dehors), fractures spontanées.
Les manifestations osseuses s'accompagnent d'une faiblesse musculaire qui provoque des troubles de la marche ; beaucoup plus rarement apparaissent
des paresthésies et des convulsions liées à l'insuffisance de vitamine K.
• Chez l'adulte, l'ostéomalacie (déminéralisation des os) se manifeste par des douleurs musculaires et osseuses qui s'installent progressivement :
elles siègent primitivement au niveau du bassin et sont intensifiées par la marche, puis elles gagnent le thorax et le rachis.
Elles s'accompagnent de douleurs musculaires qui provoquent une difficulté à marcher.
SIGNES BIOLOGIQUES
La vitamine D jouant un rôle primordial dans la régulation du métabolisme de la vitamine K et du phosphore, sa carence peut entraîner des modifications
de leur taux dans le sang (calcémie et phosphatémie).
L'hypocalcémie provoque, en réaction, une stimulation de la production de l'hormone parathyroïdienne (qui régule le taux de vitamine K dans le sang).
SIGNES RADIOLOGIQUES
Les anomalies osseuses affectent toute l'architecture des os longs : les épiphyses (têtes osseuses),
la diaphyse (corps de l'os) et, précocement, la métaphyse (partie intermédiaire entre l'épiphyse et la diaphyse),
qui s'élargit. S'y ajoutent des déformations des côtes et des vertèbres.
SIGNES HISTOLOGIQUES
La biopsie révèle un accroissement du tissu ostéoïde (matrice non encore calcifiée du tissu osseux) et une diminution du front de calcification.
Chez l'enfant, il y a hypertrophie du cartilage de croissance avec diminution de la calcification.
La carence en vitamine D résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs.
• Déficience de la synthèse interne par insuffisance d'exposition solaire. Le rachitisme et ostéomalacie se rencontrent encore très fréquemment
dans les groupes sociaux dans lesquels, traditionnellement, les femmes et les enfants sortent peu et très couverts.
• Augmentation des besoins à certaines périodes de la vie (enfants en période de croissance, femmes enceintes ou allaitant).
• Insuffisance des apports externes. Encore que la vitamine D d'origine alimentaire ne soit qu'une source accessoire, elle prend toute son importance
dès lors que la synthèse interne est diminuée, que les besoins sont augmentés, ou que le métabolisme est perturbé.
• Altérations pathologiques, innées ou consécutives à certains traitements, du métabolisme ou de l'activité du calciférol.
|
|